Les marchés ont été pris de court par la guerre en Iran. Les craintes initiales d’un choc stagflationniste ont poussé les taux à la hausse et les actions à la baisse. Si une résolution du conflit demeure incertaine, les marchés ont de plus en plus considéré l’épisode comme une perturbation de court terme plutôt que comme un choc macroéconomique structurel. Les actions ont enregistré l’un de leurs rebonds les plus rapides depuis 2011, mené par les valeurs de croissance. En Fixed Income, la hausse des rendements a sensiblement amélioré l’univers d’investissement, offrant à nouveau des points d’entrée attractifs, en particulier sur le crédit.
La reconstitution partielle des perspectives de rendement intervient dans un environnement de fondamentaux micro et macroéconomiques encore robustes. À l’horizon 2026, le scénario demeure constructif, soutenu par des positionnements plus sains et des niveaux de valorisation plus justifiés. Dans ce contexte, notre Comité d’investissement Core met en avant trois sources de regain d’optimisme.
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Un rebond rapide des actions
À mesure que des perspectives de cessez‑le‑feu se sont dessinées et que les négociations se sont poursuivies – de manière inégale – les marchés actions ont fortement rebondi. Par le passé, les marchés avaient tendance à chuter rapidement et à se redresser lentement. Depuis 2020, les reprises sont devenues non seulement plus rapides, mais aussi plus décisives. Les actions américaines n’ont mis que 10 jours pour effacer les pertes post‑conflit et atteindre de nouveaux sommets. Aussi rapide soit-il, le rebond trouve sa justification dans la solidité des fondamentaux. Les publications de résultats du premier trimestre ont globalement dépassé des attentes élevées, ancrant un sentiment de risque plus constructif et renforçant la visibilité sur les bénéfices.
La performance a été plus hétérogène ailleurs. La surperformance initiale de l’Europe s’est estompée, tandis que les actions des marchés émergents ont rebondi sans inscrire de nouveaux sommets. Que le conflit iranien s’avère ou non transitoire, il a déjà entraîné une rotation régionale significative.
FIG. 1. Performance des indices actions rebasés depuis octobre 20251
Réinitialisation des valorisations, amélioration des rendements
La phase suivante, encore incertaine, de la crise a laissé les investisseurs face à un paysage de valorisation sensiblement différent. La hausse des rendements, combinée à une solide publication de résultats, a encouragé une réévaluation des attentes de rendement entre classes d’actifs.
En Fixed Income, les spreads, qui avaient débuté l’année à des niveaux serrés, se sont modérément écartés. Les rendements des obligations d’État intègrent désormais un risque d’inflation bien supérieur aux hypothèses d’avant crise, rétablissant l’attrait du revenu et offrant des points d’entrée plus équilibrés.
Sur les actions, les dynamiques de valorisation se sont également améliorées. Le ratio cours/bénéfices/croissance (PEG) est passé de niveaux élevés à un niveau inférieur à sa moyenne de long terme. La progression des bénéfices apparaît aujourd’hui comme le principal moteur de performance, devant l’évolution des multiples. Ainsi, même en présence d’un redressement partiel des valorisations, le renforcement des perspectives de croissance bénéficiaire devrait aider les investisseurs à relativiser les risques associés aux niveaux de valorisation observés.
Pris ensemble, ces ajustements soutiennent des rendements attendus plus élevés d’ici la fin de l’année, via un portage obligataire plus attractif ou une croissance des bénéfices plus soutenue.
FIG. 2. Ratio cours/bénéfices/croissance (PEG) pour les principaux indices actions2 (2011‑2026)
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Le retour en force de l’IA
Cette saison de résultats du T1 marque un point d’inflexion clair pour les actifs liés à l’IA. L’attention des marchés s’est déplacée des annonces de nouvelles dépenses d’investissement vers une croissance plus concrète des bénéfices. Cette évolution a ravivé la crainte de passer à côté du thème de l’IA, désormais portée par des moteurs plus fondamentaux que lors des phases précédentes.
L’IA a déjà remodelé la composition du secteur technologique. Les logiciels, autrefois dominants, ont cédé du terrain aux semi‑conducteurs, qui représentent désormais 48 % du secteur technologique. Le poids des logiciels a environ diminué de moitié à la suite de la revalorisation négative des six derniers mois. Au‑delà de la technologie, le développement des centres de données devient de plus en plus visible dans les résultats des entreprises de matériaux et d’infrastructures.
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Les dynamiques régionales évoluent également. Si la dynamique des résultats technologiques aux États‑Unis semble s’être modérée cette année, les marchés émergents continuent d’offrir une exposition technologique avec des profils de croissance plus robustes. L’Europe connaît également une accélération de la croissance des bénéfices technologiques, bien qu’à partir d’une base plus faible.
La dynamique économique sous‑jacente au thème technologique reste intacte. Cela soutient notre conviction que 2026 devrait rester une année favorable pour les bénéfices et la performance globale des marchés.
FIG. 3. Taux de croissance annuel des bénéfices agrégés pour les indices technologiques MSCI3
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Notre positionnement entre classes d’actifs
Après une période difficile, nos équipes d’investissement équilibrent la hausse des risques sur les bénéfices à moyen terme et l’amélioration des conditions de financement à plus long terme dans la définition de notre positionnement central.
Multi‑actifs. Après une réduction temporaire de l’exposition au marché pendant le conflit, l’équipe All Roads a commencé à reconstruire l’exposition vers 140‑150 %. L’allocation se réoriente vers les actifs cycliques (40 %) par rapport aux actifs de protection à 60 % (rebasé à 100 %).
Fixed Income. L’équipe Global Fixed Income reste globalement neutre, avec une sous‑pondération des obligations souveraines, une préférence pour les TIPS par rapport aux bons du Trésor américain nominaux, et une surpondération de la dette des marchés émergents en devises fortes. L’exposition au crédit est neutre, tant en investment grade qu’en high yield, avec une orientation sélective. L’équipe Asia Fixed Income est surpondérée en duration et privilégie le high yield défensif. Le portefeuille est surpondéré sur l’Inde, les matières premières et les financières subordonnées, et sous‑pondéré sur la Chine, la Corée du Sud, l’Indonésie et l’Asie du Sud‑Est.
Obligations convertibles. Le positionnement reste constructif avec des surpondérations aux États‑Unis et en Chine. Le portefeuille de la stratégie globale est aligné sur trois thèmes actions à forte conviction : l’intérêt stratégique national, le matériel lié à l’IA et la transition énergétique. Le portefeuille est vendeur sur les entreprises exposées à la consommation et aux prix du pétrole. Les niveaux de trésorerie ont été relevés en anticipation de nouvelles émissions.
Actions. L’équipe Global Equities a accru le risque en augmentant l’exposition aux valeurs IT au détriment de la consommation discrétionnaire pendant la volatilité des marchés. L’exposition régionale s’est déplacée de la Chine et de l’Europe vers les États‑Unis et la Corée du Sud. Les surpondérations incluent l’IT, les services de communication, les biens de consommation de base et la consommation discrétionnaire. L’équipe Sustainable Equities est neutre sur les régions, privilégiant des expositions thématiques telles que les bénéficiaires des dépenses d’investissement liées à l’IA, la hausse de la demande d’électricité en Europe et les matériaux de transition. L’équipe Swiss Equities a augmenté l’exposition globale, avec des surpondérations dans la santé, les technologies de l’information et l’industrie, tout en maintenant des sous‑pondérations dans les services de communication, la consommation discrétionnaire, la finance, l’immobilier et les services aux collectivités. L’équipe Asia Equities a renforcé sa conviction sur des entreprises de haute qualité à croissance stable, privilégiant la technologie, les industries diversifiées et la consommation discrétionnaire par rapport à l’immobilier et aux services aux collectivités.