À quel point les bénéfices des entreprises américaines sont-ils menacés par un choc d’offre pétrolière ?

Florian Ielpo, PhD - Head of Macro
Florian Ielpo, PhD
Head of Macro
À quel point les bénéfices des entreprises américaines sont-ils menacés par un choc d’offre pétrolière ?

points clés.

  • Un choc pétrolier pourrait peser sur les résultats des entreprises cette saison, mais l’ampleur des répercussions dépendra des raisons de cette hausse
  • L’histoire nous a appris que les chocs pétroliers liés à l’offre nuisent beaucoup plus aux bénéfices que les hausses de cours associées à une forte croissance
  • Notre analyse cherche à déterminer l’ampleur de cette menace potentielle sur les bénéfices et quels sont les canaux qui comptent le plus.

Compte tenu des tensions géopolitiques actuelles dans le détroit d’Ormuz, les investisseurs se trouvent face à une inconnue majeure : quelles pourraient être les conséquences sur les bénéfices des entreprises d’une perturbation majeure de l’approvisionnement en pétrole ? Ce problème va bien au-delà des simples prévisions des cours du pétrole. Même si l’indice S&P 500 comprend des entreprises du secteur de l’énergie qui tirent profit de la hausse des cours, la plupart des sociétés qui le composent subissent un effet inverse : augmentation du coût des intrants, pression sur les marges, ralentissement de la demande des consommateurs et resserrement potentiel des conditions financières.

Il est difficile d’évaluer l’impact de cette situation étant donné que toutes les hausses des cours du pétrole ne se manifestent pas de la même manière. Une augmentation alimentée par une forte demande mondiale dénote généralement une économie en croissance. En revanche, quand elle est liée à des contraintes sur l’offre ou à des tensions géopolitiques, les implications sont très différentes pour la croissance et la rentabilité.

Cette semaine dans Simply put, nous examinons l’effet que ces dynamiques pourraient avoir sur les marges des entreprises à moyen terme si l’offre de pétrole venait à se contracter.

En savoir plus : Gestion multi-actifs : faire face à un choc inflationniste

Les hausses des cours du pétrole ont différents effets économiques

Les recherches en économie nous apportent des indications précieuses concernant les conséquences d’une crise pétrolière sur les marchés financiers. On trouve une distinction clé dans l’étude de Lutz Kilian (2009)1: les effets économiques fondamentaux sont différents entre les augmentations des cours du pétrole alimentées par une croissance mondiale forte et celles qui résultent de perturbations sur l’approvisionnement, à l’image du conflit dans le détroit d’Ormuz.

Les économies actuelles résistent bien mieux aux chocs pétroliers que pendant les années 1970. Comme l’expliquent Olivier Blanchard et Jordi Galí (2010, 2013)2, cette amélioration reflète une moindre dépendance vis-à-vis du pétrole, un meilleur ancrage des anticipations d’inflation et une crédibilité accrue des banques centrales. Néanmoins, la résilience n’est pas synonyme d’immunité totale. Ben Bernanke, Mark Gertler et Mark Watson (1997)3 soulignent que les réactions des banques centrales et la situation sur les marchés financiers peuvent aggraver les dommages causés sur l’économie par une inflation des prix de l’énergie. Par ailleurs, Christiane Baumeister et Gert Peersman (2013)4 ont démontré qu’un même choc d’offre peut produire des effets différents au fil du temps, en fonction de l’élasticité de la demande et de la structure du marché pétrolier.

Concernant les marchés actions, des études de Robert Ready (2018)et Willem Thorbecke (2019)6 indiquent qu’un choc sur l’offre de pétrole a généralement des effets négatifs sur les actions américaines, même si les retombées se sont diversifiées depuis l’essor du pétrole de schiste. Les actions cycliques et les secteurs à forte intensité énergétique sont les plus touchés, tandis que celui de l’énergie peut partiellement amortir le choc au niveau des indices. Dans le contexte actuel, une crise pétrolière constitue avant tout une menace pour les marges de la plupart des entreprises plutôt qu’un choc de taux d’actualisation. La question à se poser est donc la suivante : faut-il réviser les attentes bénéficiaires face à un pétrole à USD 95 en raison d’un choc d’offre négatif ? Pour y répondre, il faut faire appel à quelques notions d’économétrie.

L’impact d’un choc d’offre sur les bénéfices

Pour comprendre les conséquences potentielles de la crise du détroit d’Ormuz, nous avons analysé plus de trois décennies de données économiques et financières. À l’aide d’un modèle SVAR, nous avons isolé l’effet d’une baisse de l’offre de pétrole en distinguant ce facteur d’autres influences telles que la demande mondiale et les effets des politiques monétaires. Nous avons ainsi pu observer comment les cours du pétrole, les taux d’intérêt et les bénéfices des entreprises réagissent successivement à un choc d’offre.

La Figure 1 montre les effets dynamiques d’une baisse de 1% de l’offre de pétrole. Les conclusions sont particulièrement pertinentes pour les investisseurs, compte tenu du contexte géopolitique actuel :

  1. Cours du pétrole : une baisse de 1% de l’offre entraîne une hausse de près de 5% du prix du baril au bout de six mois
  2. Taux d’intérêt : l’impact sur les rendements des bons du Trésor américain à 10 ans est faible. Il culmine à seulement 1,7 point de base, avant de s’estomper
  3. Bénéfices des entreprises : l’effet le plus marqué porte sur les profits, avec une chute rapide d’environ 1,9% après trois mois, qui se maintient à environ -1,6% un an après le choc.

Si l’on applique ces résultats à la situation actuelle, une perturbation de 10% de l’offre mondiale de pétrole, soit une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, pourrait provoquer une hausse de 50% des prix du baril et une chute de 15-20% des bénéfices des entreprises au bout d’un an. C’est exactement le scénario sur lequel ont semblé tabler les marchés lors du creux de mars 2026. Le message pour les investisseurs est clair : l’importance des chocs pétroliers ne se manifeste pas autant par les cours proprement dits qu’à travers leur effet sur les marges bénéficiaires et les valorisations des actifs.

FIGURE 1. Effet simulé d’une réduction de 1% de l’offre de pétrole7

En savoir plus : Cours du pétrole et conflit au Moyen Orient : le choc économique que les investisseurs doivent surveiller de près

Pourquoi les bénéfices reculent-ils ?

Pour offrir aux investisseurs une perspective plus concrète, nous décomposons les canaux à travers lesquels un choc pétrolier affecte les bénéfices des entreprises américaines. Le recours à un modèle économétrique nous permet d’isoler deux mécanismes distincts : l’impact direct du pétrole sur les cash flows des entreprises (coûts énergétiques, décisions d’investissement) et l’effet indirect via les taux d’intérêt à long terme (hausse des taux à long terme en raison de l’inflation anticipée, ce qui pèse sur les perspectives de bénéfices et la rentabilité des dépenses d’investissement).

Les résultats sont particulièrement instructifs :

  1. Impact général : une hausse de 5% des cours du pétrole fait chuter d’environ 2,2% les bénéfices des entreprises américaines au bout de 12 mois
  2. Canal direct pétrole/cash flow : il est à l’origine de la quasi-totalité de l’impact, avec une contribution de -2,1% aux bénéfices, en raison de l’augmentation des coûts énergétiques, de la compression des marges et d’un comportement plus prudent des entreprises
  3. Canal des taux d’intérêt : contrairement aux attentes, l’effet lié aux hausses de taux reste très limité, ne représentant que -0,2% de l’impact total.

Cette répartition reste valable même pour des scénarios plus graves : en cas de hausse de 10%, voire de 20%, des cours du pétrole, le canal direct reste central. Le principal risque qui pèse sur les bénéfices des entreprises américaines n’est donc pas celui d’un resserrement monétaire, mais une dégradation des fondamentaux microéconomiques : hausse des factures énergétiques, compression des marges et ralentissement de l’activité. Alors que les perturbations de l’approvisionnement en pétrole suscitent actuellement des inquiétudes, ces résultats suggèrent que les investisseurs devraient se concentrer davantage sur la capacité des entreprises à absorber ou répercuter la hausse des coûts énergétiques et moins sur les implications de la politique monétaire.

FIGURE 2. Décomposition de l’effet de la hausse des prix de l’énergie sur les perspectives de bénéfices8

En d’autres termes, Simply put, les chocs pétroliers affectent les bénéfices des entreprises américaines à travers des hausses de coûts, et non en raison des taux d’intérêt plus élevés. Une augmentation de 50% des cours du pétrole provoque un recul de plus ou moins 15% des bénéfices sur un an, selon nos estimations.

Indicateurs macro/en temps réel

Nos indicateurs en temps réel propriétaires de dernière génération dédiés à la croissance mondiale, à l’évolution inattendue de l’inflation et des politiques monétaires au niveau mondial sont conçus pour suivre la progression la plus récente des facteurs macroéconomiques qui animent les marchés.
Nos indicateurs en temps réel montrent actuellement que :

  • Notre indicateur de croissance mondiale a reculé cette semaine, notamment sous l’impulsion de la Chine, dont les données sur les exportations ont fléchi. L’indicateur se situe désormais à un niveau bas mais en hausse, étant donné que la proportion de données en amélioration a augmenté dans l’ensemble
  • Notre indicateur d’inflation a poursuivi sa hausse cette semaine, avec des augmentations notables en Chine et dans la zone euro. La hausse des prix et des coûts s’est traduites par un renforcement du signal
  • Notre signal de politique monétaire a baissé cette semaine, en particulier aux États-Unis. L’indicateur en temps réel reste à un niveau bas, mais en hausse.


Indicateurs en temps réel pour la croissance mondiale : évolution à long terme (à gauche) et récente (à droite)


Indicateurs en temps réel pour l’inflation mondiale : évolution à long terme (à gauche) et récente (à droite)
 
Indicateurs en temps réel pour la politique monétaire mondiale : évolution à long terme (à gauche) et récente (à droite)

Note explicative : l’indicateur en temps réel de LOIM rassemble différents indicateurs économiques à un moment précis, afin de déterminer la probabilité de survenance d’un risque macroéconomique donné, comme la croissance, les surprises en matière d’inflation et les surprises en matière de politique monétaire. L’indicateur en temps réel va de 0% (croissance faible, surprises en matière d’inflation modérées et politique monétaire accommodante) à 100% (croissance forte, risque élevé de surprises en matière d’inflation et politique monétaire restrictive).

afficher les sources.
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1 Source : Kilian, L. (2009) « Not All Oil Price Shocks Are Alike: Disentangling Demand and Supply Shocks in the Crude Oil Market. » American Economic Review, Vol. 99, No 3, pages 1053–1069. [aeaweb.org]
2 Source : Blanchard, O. et Gali, J (2010, 2013) « International Dimensions of Monetary Policy: The Macroeconomic Effects Of Oil Shocks: Why Are The 2000s So Different From The 1970s? » NBER Book Chapters.
3 Source : Bernanke, B., Gertler, M. et Watson, M. (1997) « Systematic Monetary Policy and the Effects of Oil Price Shocks. » Brookings Papers on Economic Activity, Economic Studies Program, The Brookings Institution, vol. 28(1), pages 91-157. Ideas
4 Source : Bumeister, C. et Peersman, G. (2013) « Time-Varying Effects of Oil Supply Shocks on the US Economy. » American Economic Journal: Macroeconomics 5 (4): 1–28. American Economic Association
5 Source : Ready, R. (2018) « Oil Prices and the Stock Market. » Review of Finance, European Finance Association, vol. 22(1), pages 155-176. Ideas
6 Source : Thorbecke, W. (2019) « Oil prices and the U.S. economy: Evidence from the stock market. »
Journal of Macroeconomics, Elsevier, vol. 61(C), pages 1-1. Ideas
7 Sources : Bloomberg et LOIM. Au 16 avril 2026. Uniquement à titre indicatif.
8 Sources : Bloomberg et LOIM, 16 avril 2026. Uniquement à titre indicatif.

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