Cours du pétrole et conflit au Proche-Orient : un impact économique non négligeable

Florian Ielpo, PhD - Head of Macro
Florian Ielpo, PhD
Head of Macro
Cours du pétrole et conflit au Proche-Orient : un impact économique non négligeable

points clés.

  • Le conflit actuel au Proche-Orient a déclenché un choc pétrolier. D’une manière générale, l’impact de la hausse des cours du pétrole varie considérablement en fonction de l’ampleur et de la durée du choc
  • Les chocs modérés ont tendance à ralentir la croissance et à faire grimper l’inflation, tandis que les perturbations plus importantes peuvent entraîner une destruction de la demande et un affaiblissement du dollar américain 
  • Nous modélisons une série de cas de figure illustrant les principaux enjeux pour les investisseurs et l’allocation d’actifs.

Un conflit aux implications macroéconomiques mondiales

Le conflit qui a éclaté au Proche-Orient ce week-end a de graves conséquences humanitaires et fait peser des risques importants sur les cours du pétrole et l’économie mondiale. Le détroit d’Ormuz reste un point de passage incontournable pour le transport mondial de l’énergie : 20% du pétrole commercialisé dans le monde et 25% du gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par cet étroit bras de mer. Le conflit actuel représente un choc pétrolier, un phénomène que nous avons déjà connu sous différentes formes.

Les conséquences macroéconomiques d’un choc pétrolier dépendent en grande partie de son ampleur et de sa durée : une hausse importante et durable des cours du pétrole est bien plus préjudiciable qu’un pic modéré et de courte durée. Pour illustrer ces dynamiques, Simply put a modélisé plusieurs scénarios visant à évaluer l’influence de chocs pétroliers d’ampleurs différentes sur des variables clés telles que la croissance, l’inflation, les taux d’intérêt et le dollar américain. Notre objectif est d’aider les investisseurs à se préparer à diverses éventualités, car le pétrole reste un moteur essentiel des marchés mondiaux.

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Quel serait l’impact économique ?

Les marchés se concentreront probablement sur les répercussions du conflit, sur la production et le transport du pétrole. Toute rupture d’approvisionnement ou perturbation des voies de transit pourrait faire grimper les prix en raison d’une pénurie et d’une hausse des coûts de transport. Les coûts de production et le coût de la vie augmenteraient donc dans le monde entier. Les conséquences évidentes seraient un ralentissement de la croissance et une hausse de l’inflation. Si le choc se transforme en stagflation, les implications pour les marchés deviendraient beaucoup plus importantes.

La question clé est de savoir à partir de quelle ampleur le choc pétrolier aurait une incidence significative sur l’ensemble des marchés. La figure 1 montre l’impact macroéconomique attendu selon différents scénarios. Les chocs pétroliers ne sont pas linéaires : un choc deux fois plus intense ne produit pas des effets deux fois plus importants, mais les effets augmentent de concert avec l’ampleur du choc. Les simulations issues de notre modèle économétrique1 suggèrent que :

  • Une hausse de 10% des cours du pétrole effacerait environ 25 pb du PIB américain et ferait grimper l’inflation américaine de près de 40 pb. La Réserve fédérale maintiendrait probablement son statu quo actuel, car les conséquences inflationnistes seraient plus lourdes que le léger ralentissement de la croissance. Pour les marchés, ce scénario serait gérable à moyen terme, et tout repli serait rapidement compensé par de nouveaux achats
     
  • Une hausse de 50% du prix du pétrole, portant le WTI à environ USD 100 le baril, aurait un effet plus prononcé. Elle soustrairait environ 2% au PIB à moyen terme et ferait grimper les prévisions d’inflation pour 2026 de 2%, ce qui pourrait déclencher un choc stagflationniste plus important. Les banques centrales pourraient hésiter à resserrer davantage leur politique monétaire, voire être contraintes de l’assouplir pour contrer la baisse de la demande. Même dans ce cas, étant donné que la croissance attendue du PIB réel américain s’élève à 2,5% cette année, ce choc ne suffirait pas à provoquer une récession aux Etats-Unis, un point crucial pour les marchés
     
  • Le scénario improbable d’une hausse de 100% des cours du pétrole, qui porterait alors à USD 130 le baril, causerait des dommages bien plus graves à l’économie mondiale.
     

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Dans l’ensemble, un choc modéré aurait probablement un impact modéré et temporaire sur les bénéfices et la performance des actifs cycliques. Une fois la volatilité retombée, beaucoup d’investisseurs pourraient voir dans la dislocation des marchés une opportunité d’achat plutôt qu’un motif de désendettement, à condition que la hausse des prix du pétrole reste comprise entre 10 et 50%. Tout choc plus important serait beaucoup plus destructeur. 

Quelles seraient donc les répercussions pour les taux ?

FIG 1. Impact simulé de différentes hausses du prix du pétrole sur le PIB et l’inflation aux Etats-Unis au fil du temps2


  

Taux : l’ampleur du choc a une importance cruciale

Notre analyse montre que c’est le niveau de la hausse des cours du pétrole qui déterminera si nous assisterons à une brève flambée de l’inflation ou à une destruction plus généralisée de la demande. L’application du même cadre aux taux à court et à long terme dans le graphique 2 illustre clairement cette distinction :

  • Une hausse de 10% des cours du pétrole ferait grimper les taux de moins de 25 pb, provoquant éventuellement un glissement parallèle de la courbe des taux. Elle n’affecterait pas la dynamique haussière récemment observée sur les marchés mondiaux, mais refléterait simplement une légère réévaluation de la prime de risque obligataire en raison de prévisions d’inflation un peu plus élevées
     
  • Un choc plus important créerait toutefois une nette divergence entre les extrémités courte et longue de la courbe. Comme le montre la figure 2, les taux commenceraient par augmenter, mais la courbe des taux américains tendrait à se pentifier sous l’effet de la destruction de la demande. De tels épisodes coïncident généralement avec une baisse de la performance des actifs cycliques. Cela dit, si la destruction de la demande ne provoque pas directement une récession, le déplacement de la courbe devrait rester temporaire et les acheteurs à l’affut des chutes de prix finiront par réapparaître.

Une fois encore, l’ampleur du choc déterminera si les marchés seront confrontés à une réévaluation stagflationniste de courte durée ou à un choc plus profond et plus persistant sur la demande. 

Dès lors, quelles sont les perspectives pour le dollar américain ?

FIG 2. Impact simulé de divers chocs pétroliers sur les taux de la Fed et les taux à 10 ans au fil du temps3

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Le dollar américain peut-il aider à protéger les portefeuilles ?

La figure 3 applique la même analyse de scénario au dollar américain pondéré en fonction des échanges commerciaux. A court terme, les effets de l’inflation l’emportent sur la destruction de la demande, ce qui entraîne une première tendance baissière pour le dollar une fois que le choc se produit. Pourtant, lors de ce récent choc, le dollar s’est renforcé, soulignant une différence majeure entre l’environnement actuel et les données historiques utilisées dans l’analyse économétrique : l’inflation aux Etats-Unis est déjà largement intégrée dans la structure par échéance de la courbe des taux américaine et dans le dollar. Il faudrait une hausse de plus de 10% des cours du pétrole pour compenser cela. Les points à retenir :

  • A court terme : dans les six mois suivant un choc modéré, la hausse des taux américains soutient généralement le dollar
     
  • A plus long terme : lorsque les prix du pétrole augmentent de plus de 50% sur une période de six mois, le dollar a tendance à fléchir. Dans ce scénario, l’inflation augmente à un moment où la destruction de la demande empêche la Fed de resserrer sa politique monétaire, ce qui érode l’avantage du taux de change.
     

Dans l’ensemble, ces résultats permettent de clarifier les paramètres que les investisseurs doivent surveiller : l’ampleur et la durée du choc pétrolier, l’évolution des taux (hausse parallèle de la courbe ou pentification haussière) et la réaction du dollar. A l’heure actuelle, les marchés semblent intégrer un scénario relativement contenu, peu susceptible de décourager les acheteurs en quête de bonnes affaires, qui pourraient interpréter les valorisations actuelles comme un réajustement progressif des valorisations en 2026 et non comme une rupture structurelle.

FIG 3. Impact simulé des hausses du prix du pétrole sur le dollar américain au fil du temps4

En d’autres termes, Simply put, dans le scénario d’un conflit avec l’Iran, l’ampleur du choc pétrolier reste la variable décisive pour les décisions d’allocation d’actifs.

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1 Nous avons utilisé un modèle VAR à seuil (modèle à vecteur autorégressif) estimé sur la période 2000-2026 à partir des cours du pétrole, du PIB américain, de l’inflation américaine et des taux à court et long terme aux Etats-Unis. Uniquement à titre indicatif.
2 Bloomberg et LOIM. Uniquement à titre indicatif. Au 2 mars 2026.
3 Bloomberg et LOIM. Uniquement à titre indicatif. Au 2 mars 2026.
4 Bloomberg et LOIM. Uniquement à titre indicatif. Au 2 mars 2026.

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