La porte ouverte à de futures hausses des taux
Les banques centrales mondiales se mettent enfin en marche Après le changement de cap de Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE) lors de leurs récentes réunions, les marchés en Suisse anticipaient déjà les premières hausses de taux de la Banque nationale suisse (BNS), quoique pas avant 2027.
Après un premier semestre en demi-teinte, les indicateurs de croissance mondiale ont fortement progressé au troisième trimestre, attisant les pressions inflationnistes. Si le renchérissement est en partie dû à la situation géopolitique au Moyen-Orient, les chiffres solides sur la croissance du PIB permettent d’envisager la possibilité de freiner légèrement l’économie sans causer de dommages majeurs. De nombreuses banques centrales ont saisi l’opportunité et ajusté leurs taux d’intérêt à la hausse, et pourraient poursuivre le resserrement si la conjoncture reste similaire.
Dans ce contexte, la BNS n’a pas encore entamé son cycle de resserrement, mais a préféré maintenir son taux directeur à 0%, tout en laissant la porte ouverte à une future hausse, compte tenu des prévisions d’inflation à la hausse et d’une croissance attendue plus robuste. Etant donné que le franc suisse s’est affaibli par rapport à l’euro et au dollar américain depuis le début de l’année et que l’écart de taux d’intérêt avec la Fed et la BCE continue à se creuser, nous estimons actuellement qu’un premier relèvement des taux d’intérêt par la BNS est probable en décembre.
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Le pari de la différenciation
A l’heure où d’autres banques centrales amorcent un changement de cap, la décision de la BNS de maintenir le statu quo monétaire présente de nombreux avantages. D’abord, elle éloigne encore un peu plus l’économie suisse du spectre de la déflation, un risque bien réel il y à peine neuf mois. Ensuite, l’écart de taux d’intérêt plus important par rapport à la BCE et la Fed contribue à déprécier le franc suisse. Enfin, en soutenant l’économie, elle réduit le risque de fragiliser encore plus le marché de l’emploi. Le taux de chômage en Suisse s’est maintenu à un niveau corrigé des variations saisonnières de 3,1% pendant quatre mois consécutifs, comparé à son plancher post-COVID de 1,9%. Dans ce contexte, la BNS a saisi l’occasion de maintenir, pour l’instant, des taux différenciés de ceux des autres marchés.
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Une hausse des taux en perspective ?
De notre point de vue, bien que suffisamment modérée pour laisser toutes les options ouvertes, la révision à la hausse par la BNS de ses prévisions d’inflation et de croissance est notable. La force de la monnaie suisse, associée à la dépendance minimale de l’économie vis-à-vis des combustibles fossiles importés pour la production d’électricité, permet à la Suisse de mieux résister aux chocs inflationnistes que la plupart des autres pays.
Cependant, le renchérissement des produits pétroliers et des matières premières dû aux perturbations dans le détroit d’Ormuz a eu des répercussions : l’inflation a atteint 0,8% en glissement annuel en août, se rapprochant ainsi du point médian de la fourchette de 0 à 2% définie par la BNS pour la stabilité des prix. Compte tenu du contexte particulier de la Suisse, nous considérons que le seuil de 1% constitue un indicateur clé à partir duquel l’inflation commence à susciter certaines inquiétudes. Dans ce contexte, les dernières prévisions de la BNS, qui tablent sur une inflation de 1,2% en 2027 et de 0,9% en 2029, justifient une hausse des taux dans un avenir proche.
FIGURE 1. Inflation suisse (an/an) et prévisions d’inflation conditionnelle de la BNS, juin 2026 et septembre 20261
La révision par la BNS de ses prévisions de croissance est un autre signe qu’une hausse des taux pourrait intervenir prochainement (figure 2). Tout en évoquant une « croissance modérée pour les prochains trimestres », la banque a reconnu que la croissance au deuxième trimestre avait été forte et reposait sur une large assise. La révision à la hausse des prévisions pour l’ensemble de l’année 2026, désormais comprises entre 1,5% et 2%, rapproche la croissance de niveaux que certains considéreraient comme les premiers signes d’un éventuel besoin de mesures correctives, d’autant plus que le conflit au Moyen-Orient et le contexte mondial en matière de politique commerciale pèsent actuellement sur la croissance.
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FIGURE 2. PIB suisse réel (an/an) et estimations de croissance de la BNS, mars/juin 2026 et septembre 20262
L’appréciation de la monnaie semble une préoccupation moins pressante
Dans son communiqué, la BNS a également quelque peu atténué ses propos concernant sa volonté d’intervenir sur le marché des changes. Lors de sa réunion de juin, elle avait évoqué être « davantage disposée à intervenir » alors qu’en septembre, elle était « en outre disposée à intervenir » sur le marché des changes.
Du fait du statut de refuge de la Suisse, la vigueur du franc suisse constitue une préoccupation récurrente pour la banque centrale du pays, tant en termes d’exportations que de stabilité des prix. Avec des taux d’intérêt aussi bas que zéro et la forte hausse des taux au Japon, il existe un risque faible que le franc suisse remplace à l’avenir le yen comme monnaie de financement des opérations de portage. Une hausse des taux suisses enverrait un signal clair pour enrayer cette tendance. La modification de la formulation concernant l’intervention sur le marché des changes est un premier pas dans cette direction. Toutefois, l’évolution de la monnaie suisse est claire depuis le premier trimestre 2026 : elle s’est dépréciée d’environ 5% par rapport à l’euro et de 8% par rapport au billet vert depuis son plus haut niveau de l’année. La BNS dispose ainsi d’une certaine marge de manœuvre pour relever les taux sans risquer un renforcement excessif de la monnaie.
« En juin, la BNS a évoqué être ‘davantage disposée à intervenir’, alors qu’en septembre, elle était ‘en outre disposée à intervenir’ sur le marché des changes.
Un contexte général favorable
Dans l’ensemble, l’économie suisse bénéficie d’un contexte favorable, caractérisé par une croissance soutenue et une inflation raisonnablement maîtrisée. Même si une première hausse des taux d’intérêt devait intervenir en décembre, dans l’état actuel des choses, ce resserrement se ferait dans un contexte de relative solidité. De plus, étant donné qu’un niveau neutre pour les taux suisses se situe probablement entre 0,5% et 1,0%, ceux-ci resteraient alors en territoire accommodant.
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