Building Bridges 2026 : investir dans l’agriculture régénératrice pour des systèmes alimentaires résilients

Building Bridges 2026 : investir dans l’agriculture régénératrice pour des systèmes alimentaires résilients
Hubert Keller, Associé-gérant Senior de Lombard Odier

points clés.

  • Le sommet Building Bridges 2026 a exploré la capacité de l’agriculture régénératrice à préserver la santé à long terme des sols et à renforcer la résilience des systèmes alimentaires face au changement climatique
  • Les défis liés à la transition d’une agriculture conventionnelle extractive vers des pratiques régénératrices (notamment l’accès aux connaissances, l’allocation du capital et l’obtention de contrats d’achat) y ont été abordés
  • Des initiatives couronnées de succès ont été présentées, démontrant comment agriculteurs, investisseurs et entreprises agroalimentaires peuvent réduire les risques, appliquer les meilleures pratiques et investir dans des chaînes de valeur agricoles régénératrices.

« La nature est avant tout un actif productif », a déclaré Hubert Keller, Associé-gérant Senior chez Lombard Odier, lors du sommet Building Bridges 2026. « Elle alimente une très grande partie de notre économie. » 

Plus de 55% de l’activité économique dépendent fortement ou modérément de la nature. Certains secteurs, notamment l’agriculture, la construction et les aliments et boissons, dépendent directement de ressources naturelles ou de services écosystémiques tels que les sols, l’eau et la pollinisation par les insectes. D’autres, notamment les biens de consommation et l’automobile, dépendent indirectement du monde naturel pour obtenir leurs matériaux. 

Mais en vérité, la quasi-totalité de l’activité économique repose dans une certaine mesure sur le monde naturel. Si ses ressources sont indispensables, elles ne sont pas inépuisables. Cette réalité a trop longtemps été ignorée au détriment de la nature et, en définitive, de l’activité économique qu’elle soutient.

Lire aussi : Repenser l’investissement dans la nature : saisir les opportunités offertes par la régénération

Des terres agricoles dégradées, improductives et exposées

« La stratégie que notre économie a utilisée pendant des années, qui consiste à épuiser un actif naturel avant de passer à un autre, n’est tout simplement plus tenable », a affirmé Hubert Keller lors du discours d’ouverture d’une  table ronde consacrée à l’agriculture régénératrice. 

Les mauvaises récoltes observées ces dernières années (du cacao en Afrique de l’Ouest aux olives en Espagne, en passant par le riz en Chine et le blé comme les fruits dans le Nord-ouest américain) prouvent que des décennies d’agriculture industrielle intensive reposant sur des pesticides et des engrais chimiques ont dégradé les terres agricoles, au point qu’elles sont nettement moins productives et très peu résistantes aux chocs apportés par le changement climatique sous forme de chaleur extrême, de sécheresse, de précipitations ou d’inondations. 

« Les actifs agricoles sont aujourd’hui en déclin. Ils sont devenus beaucoup moins productifs », a expliqué Hubert Keller. « Les marges sont serrées et les chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus instables.

« Elles ne peuvent plus résister aux phénomènes météorologiques extrêmes. Or, ceux-ci vont se multiplier à l’avenir », a-t-il ajouté.

Marc Palahí, Chief Nature Officer chez Lombard Odier Investment Managers, a quant à lui affirmé que « les systèmes alimentaires sont au cœur des crises climatiques et naturelles », et ce pour deux raisons. 

Premièrement, les sols sont de plus en plus dégradés en raison de pratiques extractives qui reposent sur des intrants de synthèse (pesticides et engrais) et des monocultures à grande échelle. 

Ces pratiques réduisent leur résistance aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux étés plus chauds et aux hivers plus humides résultant du changement climatique. Pour chaque degré de réchauffement, le volume d’eau contenu dans l’atmosphère augmente de 7%, ce qui entraîne une évaporation de surface plus importante en été et des précipitations plus élevées en hiver, la neige étant moins fréquente. « Nous avons amoindri la capacité des sols à stocker l’eau au moment où elle est le plus nécessaire, ce qui explique pourquoi de nombreuses exploitations agricoles perdent leur capacité de production à l’ère du changement climatique », a expliqué Marc Palahí.

Deuxièmement, les chaînes d’approvisionnement longues et complexes impliquent généralement plusieurs intermédiaires (regroupeurs ou vendeurs de matières premières, premiers transformateurs, fournisseurs d’ingrédients, fabricants de produits alimentaires, distributeurs et enfin détaillants) qui captent 80% à 90% de la valeur de vente finale1. Ce processus empêche les cash flows d’atteindre les exploitations agricoles, où l’investissement visant à renforcer la résilience est pourtant essentiel.

« Si nous voulons garantir la sécurité alimentaire et la durabilité au sein des entreprises orientées vers le consommateur, nous devons instaurer une industrie agricole saine et robuste », a rappelé Hubert Keller.

Vidéo: Marc Palahí, Chief Nature Officer chez Lombard Odier Investment Managers, explique comment l’agriculture régénératrice peut faciliter un système alimentaire positif pour l’environnement, l’économie et les consommateurs.

 

à regarder via Building Bridges

L’argumentaire en faveur de l’agriculture régénératrice

A la fois « miracle et désastre », notre système alimentaire moderne a produit suffisamment de calories pour nourrir une population mondiale en expansion, mais est devenu une cause majeure de la déforestation, de la perte de biodiversité, du changement climatique et de la dégradation des sols. Par ailleurs, ses produits contribuent aux risques sanitaires : la consommation d’aliments ultra-transformés fait augmenter les taux de maladie cardiovasculaire et de diabète de type 2. De plus, les agriculteurs reçoivent une part de plus en plus faible de la valeur économique créée.  

« Ce système est source de nivellement par le bas : vers les prix les plus bas, les aliments transformés les moins chers. Les comorbidités et les problèmes qu’il a engendrés sont indéniables », a déclaré Rob Appleby, fondateur et CIO de Cibus Capital, une société d’investissement spécialisée dans l’agriculture régénératrice et les crédits carbone.

Pour résoudre ces problèmes, a-t-il affirmé, l’agriculture régénératrice est clé. Elle offre une stratégie agricole qui restaure les sols, la biodiversité et les écosystèmes tout en maintenant la productivité et en améliorant la capacité des terres à stocker le carbone et à gérer l’eau. Il s’agit en réalité de « l’agriculture » tout court, car de nombreuses pratiques régénératrices ont été utilisées pendant des siècles avant l’avènement de l’agriculture industrielle, a-t-il expliqué. 

Marc Palahí partage ce point de vue. A bien des égards, l’agriculture régénératrice est un retour aux sources de l’exploitation agricole, préférant travailler en harmonie avec la nature plutôt que la remplacer. Elle repose sur trois principes fondamentaux : 

1. Minimiser la perturbation des sols en réduisant le labourage et en maximisant la couverture végétale. Cette pratique préserve la structure du sol qui améliore l’infiltration de l’eau et soutient les populations de microbes, de vers de terre et de champignons mycorhiziens nécessaires au cycle des nutriments. Ainsi, le carbone organique présent dans le sol est conservé et l’érosion de l’horizon superficiel est atténuée. 
2. Accroître la biodiversité au-dessus et en dessous de la surface du sol. Les méthodes consistent, entre autres, à pratiquer la rotation des cultures, les cultures intercalaires, les cultures de couverture et les résidus de récolte (qui fournissent un habitat et de la nourriture aux organismes vivant dans le sol, aux pollinisateurs et aux insectes), à renforcer la diversité végétale et animale (en intégrant arbres, animaux, fleurs et haies vives) et, dans les sols, à favoriser les micro-organismes, les champignons et les vers de terre. 
3. Remplacer les intrants de synthèse par des processus naturels. La fertilisation est effectuée par les micro-organismes du sol qui décomposent la matière organique, par certaines bactéries qui fixent l’azote et par des champignons mycorhiziens qui améliorent l’absorption de nutriments et d’eau par les racines. Les populations de nuisibles sont maîtrisées par des prédateurs naturels (insectes, araignées, oiseaux et autres organismes), qui bénéficient de diverses plantes et haies. En outre, un sol plus sain est intrinsèquement plus résistant aux nuisibles et aux maladies. 


« Il est désormais que les pratiques agricoles régénératrices peuvent restaurer ces actifs, en exploitant le pouvoir de la nature afin de les rendre plus résilients, plus productifs et plus rentables », a expliqué Hubert Keller. « L’argumentaire commercial en faveur de l’agriculture régénératrice, en plus des énormes avantages environnementaux qu’elle apporte, est donc solide. »  

Il est désormais que les pratiques agricoles régénératrices peuvent restaurer ces actifs, en exploitant le pouvoir de la nature afin de les rendre plus résilients, plus productifs et plus rentables


Le « chaînon manquant » dans la transition de l’agriculture industrielle à l’agriculture régénératrice 

Le concept des pratiques régénératrices est simple, mais elles sont difficiles à mettre en œuvre, a déclaré, devant l’auditoire, Peter Fröhlich, agriculteur et CEO d’AgriPurpose, une initiative intersectorielle qui analyse les progrès réalisés vers l’obtention de résultats régénérateurs sur les terres agricoles. 

Plutôt que d’appliquer une approche fondée sur des formules dans laquelle les intrants de synthèse stimulent la réaction de la terre, les agriculteurs appliquant des processus naturels doivent observer comment les cultures et leur environnement réagissent, puis apporter des ajustements réfléchis. « Il faut plus ou moins partir de zéro, puis observer comment la nature répond », a expliqué Peter Fröhlich. 

« Nous mesurons la réponse du système vivant selon trois éléments déterminants : l’activité de photosynthèse, la couverture du sol et sa santé », a-t-il précisé. « Nous y ajoutons une quatrième dimension : l’efficacité. En effet, l’efficacité est synonyme de durabilité. » 

« Si vous connaissez la réponse du système vivant en termes de photosynthèse, de couverture du sol et de santé du sol, et que votre production est efficace, vous êtes sur la bonne voie. » 

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Hubert Keller, Marc Palahí, Robert Appleby, Peter Frölich und Katja Seidenschnur 

Si ces résultats sont atteints, ils permettent de produire des cultures de grande qualité et de conserver la santé des sols pour les futures récoltes. Cibus Capital s’est engagée sur cette voie. 

Rob Appleby a raconté que l’une des stratégies de sa société d’investissement a acquis une oliveraie conventionnelle, gérée avec des pesticides et des engrais, puis l’a transformée afin qu’elle utilise moins d’eau et incorpore au sol le biocharbon issu de la pyrolyse des noyaux d’olive2, consolidant ainsi sa structure et favorisant le cycle des nutriments et leur absorption. « Nous avons pris un risque, car les gérants existants des exploitations agricoles, qui étaient très compétents, se demandaient qui paierait les pots cassés en cas d’échec. Nous avons répondu que nous le ferions », a-t-il ajouté. 

Cinq ans plus tard, la parcelle biologique et régénératrice de 160 hectares produisait une huile d’olive haut de gamme et a été acquise par un fonds de pension canadien. La ferme s’est vendue à 2,6 fois son prix d’achat, offrant un taux de rendement interne de 20%, a précisé Rob Appleby. Aujourd’hui, elle est devenue le plus grand producteur mondial d’huile d’olive biologique. Le succès commercial, la santé du sol et la résilience globale de l’exploitation ont émergé en symbiose.

Cependant, si la nécessité de l’agriculture régénératrice, les incitations commerciales et les avantages environnementaux sont évidents, le changement radical des processus et le temps requis pour adapter les terres effraient les agriculteurs, dont les revenus dépendent de volumes de ventes constants sur place. L’un des principaux obstacles est ce que Rob Appleby appelle le « chaînon manquant ». Il s’agit des capitaux, des réseaux et des contrats d’achat commerciaux qui, ensemble, permettent aux agriculteurs ayant entamé leur transition de la mener à terme et d’atteindre une production à grande échelle.

Les contrats d’achat et le capital circulaire 

Encouragingly, there is demand for regeneratively grown crops from big food.

Il est encourageant de constater que la demande des grands groupes agroalimentaires en cultures produites de façon régénératrice est présente.

Katja Seidenschnur, Global Head of Sustainability for Nutrition and Health chez Nestlé, a déclaré que le géant alimentaire s’intéressait à l’agriculture régénératrice pour une simple raison : la résilience. Dans cette optique, le groupe achète en priorité auprès d’exploitations capables de garantir l’approvisionnement à long terme en ingrédients, de restaurer la santé des sols et des écosystèmes et d’améliorer la rentabilité agricole afin de préserver la production et les moyens de subsistance des cultivateurs.

Nestlé, un acteur mondial majeur dans des secteurs tels que le café emballé, les produits laitiers, les plats cuisinés, la confiserie et la nutrition infantile, déploie des efforts importants pour augmenter son approvisionnement en matières premières agricoles auprès d’exploitations pratiquant l’agriculture régénératrice. A la fin de l’année dernière, le groupe avait acheté 20,7% de ses intrants (par exemple céréales, cacao, produits laitiers, viande, volaille, œufs, légumes et huiles végétales) auprès de fournisseurs appliquant des pratiques régénératrices. Il vise à porter cette part à 50% d’ici à 2030. A propos des contrats d’achat du groupe auprès d’exploitations régénératrices, Katja Seidenschnur a déclaré : « il ne s’agit plus d’une anecdote ».

Au-delà des contrats d’achat, le groupe vise à aider les agriculteurs engagés dans la transition régénératrice grâce à diverses mesures, notamment : 

  • Assistance technique et formation. Le groupe œuvre pour mettre les cultivateurs en relation avec des agronomes et des réseaux d’agriculteurs afin de faire avancer les pratiques, des cultures de couverture à l’agroforesterie
     
  • Financement. Le groupe prévoit d’investir CHF 1,2 milliard sur cinq ans pour accélérer l’agriculture régénératrice dans l’ensemble de ses chaînes d’approvisionnement
     
  • Atténuation des risques liés à la transition. Le groupe peut fonder ses programmes incitatifs et ses partenariats à plus long terme sur la production régénératrice.
     

Il indique avoir mobilisé un réseau de plus de 500’000 agriculteurs et 150’000 fournisseurs pour faire avancer les pratiques de l’agriculture régénératrice. Les efforts fournis par Nestlé pour accroître son approvisionnement régénérateur lui permettent de préserver ses opérations commerciales tout en facilitant sa stratégie intégrée pour le climat et la nature, qui inclut une trajectoire de 1,5 °C visant le « net-zéro » d’ici à 2050.  

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Marc Palahí

A noter que les grandes entreprises ne sont pas les seules à soutenir la transition régénératrice. Les acteurs spécialisés proposant des services variés (certification des cultivateurs, création de réseaux de fermes, partage des connaissances et regroupement des approvisionnements aux fins de la vente aux entreprises agroalimentaires) sont une composante de plus en plus importante de la chaîne de valeur répondant au problème du « chaînon manquant ». Leurs approches ne sont pas toutes les mêmes, comme les exemples suivants le montrent3 :

  • Regenified : entreprise américaine en forte expansion en Europe et sur d’autres continents, qui se spécialise dans la certification des agriculteurs régénérateurs et œuvre pour les mettre en relation avec les marques alimentaires 
     
  • Soil Capital : entreprise belge qui offre un soutien agronome aux agriculteurs et des services d’analyse aux entreprises souhaitant intégrer l’agriculture régénératrice dans leurs chaînes d’approvisionnement 
     
  • Wildfarmed : marque alimentaire britannique qui gère et soutient un collectif de cultivateurs régénérateurs, puis regroupe les approvisionnements en farine, ingrédients et produits divers pour les supermarchés, boulangeries, restaurants, brasseries et autres détaillants
     
  • Klim : entreprise berlinoise qui travaille avec les agriculteurs pour améliorer les pratiques régénératrices, ainsi qu’avec les entreprises agroalimentaires pour étudier, d’une part, la santé des sols faisant partie de leurs chaînes d’approvisionnement et, d’autre part, ses conséquences sur la réalisation des objectifs de résilience et de durabilité 
     

Dans l’essor de l’agriculture régénératrice et de ses acheteurs, l’une des mutations les plus évidentes est la priorité donnée à la durabilité des cultures, aux moyens de subsistance des agriculteurs et à leur rôle de gardien de la terre. Cet abandon de l’approche extractive, qui privilégie les prix à la ferme au détriment de toute autre considération, est le bienvenu. Si les agriculteurs peuvent maintenir leurs rendements en abaissant le coût par hectare, protéger les futurs volumes d’offre et restaurer la nature grâce à des pratiques régénératrices, ils posent des bases plus solides pour les systèmes alimentaires.

« Pendant trop longtemps, les agriculteurs ont été les grands méchants, ceux qui créent des externalités », a déclaré Rob Appleby. « Pourtant, ce sont eux qui vont mener cette transition. Ce sont les gardiens de la terre. Il faut que certains d’entre eux deviennent des héros. »

Traiter la nature comme les insectes : avec respect 

« Quand il y a une guêpe dans ma maison, je la capture, je la mets dehors et je lui souhaite bonne chance », a plaisanté Rob Appleby, qui a étudié la zoologie à l’Université d’Oxford avant de poursuivre une carrière dans l’investissement.

Il y avait du sérieux dans cette remarque : abeilles, syrphes, mites, papillons, coléoptères et guêpes pollinisent ensemble un large éventail de plantes. Les abeilles sont les plus importantes sur le plan économique, leur corps poilu étant le plus adapté au transport du pollen sur de nombreux fruits, légumes, fruits à coque et cultures oléagineuses. D’autres insectes jouent quant à eux des rôles plus spécifiques. Les guêpes, par exemple, sont les seuls pollinisateurs efficaces pour la plupart des espèces de figuiers, chaque variété étant presque toujours associée à une guêpe unique. Sans cet insecte partenaire, l’espèce de figuier concernée ne peut pas se reproduire. 

C’est l’un des nombreux fils de la toile des interdépendances qui alimentent la complexité de la nature. Si on l’arrache, ainsi que d’autres, en épuisant les habitats et en utilisant des pesticides, la résilience formée par ces relations commence à se défaire. Si l’on s’intéresse à la préservation des terres productives, on ne peut qu’être d’accord avec Rob Appleby : « le massacre des insectes, à une échelle industrielle, est un anathème ».

Les systèmes alimentaires ont amoindri la complexité de la nature, mais ils ont également le pouvoir de la régénérer.

« Nous avons simplifié les paysages agricoles. Nous avons remplacé la biodiversité par des monocultures et la nature par des intrants de synthèse », a rappelé Marc Palahí. 

« Néanmoins, la solution est à portée de main. » 

Foire aux questions

Grâce à des techniques et pratiques qui réduisent le recours aux intrants chimiques de synthèse et minimisent la détérioration physique des sols, l’agriculture régénératrice vise essentiellement à améliorer la santé des sols. Un sol sain se caractérise, entre autres, par une structure naturelle qui optimise l’absorption de l’eau et favorise les populations de bactéries bénéfiques, vers de terre et autres organismes stimulant le cycle des nutriments, ainsi que de champignons mycorhiziens facilitant l’absorption des nutriments et de l’eau par les racines des cultures.  

L’agriculture régénératrice vise également à augmenter la biodiversité, à renforcer les puits de carbone naturels et, en conséquence, à accroître la résistance des exploitations agricoles et des chaînes de valeur à des phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents. En atténuant le changement climatique tout en aidant les terres agricoles à s’adapter à ses conséquences, l’agriculture régénératrice à grande échelle pourrait, d’une part, garantir le futur rendement des cultures à un coût par hectare plus faible et, d’autre part, conférer une plus grande résilience au système alimentaire.
 

The regenerative agriculture investment universe can be framed around three main opportunities:

  • les stratégies axées sur les terres investissent directement dans des terres agricoles, des cultures permanentes, des systèmes de pâturage ou des actifs forestiers 
     

  • les stratégies axées sur une chaîne de valeur intégrée investissent dans plusieurs étapes du système alimentaire, combinant une production régénératrice traçable issue de réseaux d’agriculteurs avec la transformation, la distribution et la vente de produits de marque
     

  • les stratégies axées sur la technologie agricole et sur les entreprises qui la facilitent investissent dans les infrastructures nécessaires à l’agriculture régénératrice, notamment l’agriculture de précision, la robotique, les intrants biologiques, la génétique, les services de conseil et les plateformes de gestion agricole. 
     

Le capital d’investissement est essentiel au développement de l’agriculture régénératrice, car il peut uniformiser les incitations dans l’ensemble de la chaîne de valeur agroalimentaire. A ce stade de maturation du marché, le capital est particulièrement adapté au soutien des plateformes, opérateurs et structures de financement qui rassemble agriculteurs, fournisseurs d’intrants, transformateurs, entreprises agroalimentaires et détaillants autour de résultats communs en termes de régénération. En favorisant la coordination des parties prenantes, la gestion des risques liés à la transition et le financement des infrastructures et services habilitants, le capital peut accélérer l’adoption des pratiques régénératrices tout en créant des chaînes d’approvisionnement plus robustes et durables.

Les agriculteurs entreprennent généralement une période de transition de trois à cinq ans pour mener à bien la transition des monocultures vers l’agriculture régénératrice. Ils peuvent initialement être confrontés à une rentabilité amoindrie, à des investissements supplémentaires et à des risques opérationnels avant que les avantages de la régénération ne commencent à se faire sentir. En plus du soutien agronome et du financement, les contrats d’achat sont essentiels pour surmonter les obstacles à la transition.

En matière d’évolutivité, le principal défi n’est donc pas de savoir si l’agriculture régénératrice fonctionne, mais si les exploitants peuvent gérer la transition avec succès. De nombreuses études montrent que les systèmes régénérateurs peuvent être rentables à moyen et long terme, mais que leur adoption est entravée par des pressions à court terme sur les cash flows, un manque de connaissances, des contrats de location des terres et des incitations médiocres, notamment un nombre insuffisant de contrats d’achat à long terme et l’absence de systèmes récompensant les résultats environnementaux. L’obtention d’un contrat d’achat à long terme confère une certaine sécurité qui atténue ces pressions, en garantissant les revenus dès la récolte des premières cultures régénératrices.

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1 Selon les producteurs de matières premières américains. Les agriculteurs des marchés émergents perçoivent moins, tombant souvent dans la production vivrière. Source : How the Farming Industry Works | Umbrex 
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