Repenser l’investissement dans la nature : saisir les opportunités offertes par la régénération

Marc Palahí - Chief Nature Officer
Marc Palahí
Chief Nature Officer
Repenser l’investissement dans la nature : saisir les opportunités offertes par la régénération

points clés.

  • La dégradation de la nature menace les fondements de l’activité économique et exacerbe la rareté de biens vitaux tels que les aliments sains et l’eau potable
  • La régénération des paysages soutient directement des secteurs tels que l’agriculture, la médecine et le textile, tout en renforçant les services écosystémiques tels que la pollinisation, la lutte contre les ravageurs et l’atténuation des inondations et de la sécheresse
  • Nous pensons que l’investissement dans l’agriculture régénératrice présente des opportunités économiques, notamment sur les marchés privés, en renforçant la résilience et la croissance des entreprises dans un monde bouleversé par le changement climatique.

Notre économie mondiale, axée sur les combustibles fossiles et construite autour de l’extraction de ressources non renouvelables, s’est développée au détriment de la nature et du climat. La nature, qui régule le climat et les processus écologiques sous-tendant l’activité économique, est aujourd’hui un actif appauvri et dégradé.

Les conséquences de cette situation sont de plus en plus visibles. Au cours des dix dernières années, les effets combinés du changement climatique, de la dégradation des écosystèmes et des contraintes liées aux ressources ont entraîné des risques financiers et des pertes économiques de grande envergure, en particulier dans les secteurs très dépendants de la nature tels que l’alimentation et l’agriculture. Ces pressions sont aggravées par des inquiétudes croissantes concernant la sécurité des ressources et la fragmentation accrue du commerce mondial, qui exposent les vulnérabilités de nos systèmes de production agricole et de nos chaînes de valeur.

Repenser l’investissement dans la nature

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Intégration : placer la régénération de la nature au cœur des modèles d’affaires

Pour relever ces défis, il faut fondamentalement réorienter la façon dont la nature est perçue et gérée. La nature doit être considérée comme un capital régénérateur et productif, c’est-à-dire un actif pouvant être activement restauré et préservé afin d’améliorer sa résilience et sa capacité de production à long terme dans des conditions difficiles. Ce faisant, on peut accroître la disponibilité de biens de plus en plus rares (comme les aliments sains et l’eau potable), tout en renforçant les services écosystémiques tels que la pollinisation, la lutte contre les ravageurs, et l’atténuation des inondations et de la sécheresse grâce à la santé des sols. Ces conditions renforcent la résilience et la durabilité des systèmes économiques.

L’importance de l’investissement dans la nature n’est plus à prouver. Toutefois, la plupart des investissements réalisés au cours des dix dernières années ont consisté à compenser les conséquences de notre modèle économique extractif grâce à des mécanismes tels que les crédits carbone et biodiversité. Ces pratiques peuvent indéniablement être utiles, mais la restauration du capital naturel à grande échelle nécessite de globalement réorienter le capital vers des activités économiques, des paysages productifs et des chaînes de valeur étayés par des solutions fondées sur la nature1. Ces approches, qui incluent l’agriculture régénératrice et la foresterie durable, permettent de produire des biens économiques tels que des aliments, des fibres textiles, des médicaments et des matériaux de construction tout en restaurant et en protégeant la nature.

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Contrairement à la compensation, qui favorise un aspect de l’environnement afin de réparer les dommages causés ailleurs, l’intégration transforme les entreprises et les chaînes de valeur en plaçant la régénération de la nature au cœur des modèles opérationnels, afin de construire des systèmes économiques intrinsèquement positifs pour la nature. En soutenant la nature, qui est le fondement de notre économie, ces entreprises deviennent également plus résilientes et mieux placées pour générer une croissance à long terme dans un monde bouleversé par le changement climatique.

Des activités régénératrices pour créer de la valeur financière et environnementale

Nous sommes convaincus que l’investissement dans des approches régénératrices pour les entreprises, les chaînes d’approvisionnement et les pratiques de gestion des terres représente une grande opportunité économique. Il s’agit d’une stratégie pragmatique et évolutive qui crée de la valeur financière et environnementale en produisant des biens et services essentiels selon des processus aptes à restaurer la nature. L’éventail des opportunités est diversifié, couvrant l’agriculture régénératrice, les systèmes alimentaires, la foresterie durable, les matériaux biosourcés, la biomédecine, les produits biochimiques et les biotechnologies habilitantes. Ces domaines d’investissement reflètent une réalité économique fondamentale : il est plus efficace et moins coûteux de préserver, régénérer et intégrer la nature au cœur d’une activité économique que de restaurer des environnements appauvris et endommagés.

« Il est plus efficace et moins coûteux de préserver, régénérer et intégrer la nature au cœur d’une activité économique que de restaurer des environnements appauvris et endommagés. »

Une transition économique positive pour la nature requiert une approche stratégique et multi-actifs incluant des stratégies axées sur les marchés publics comme privés. D’un côté, les stratégies consacrées aux marchés publics ont un rôle important à jouer dans l’identification, la gestion et la réévaluation des risques liés à la nature, à mesure qu’ils prennent de l’importance financière. De l’autre, les stratégies dédiées aux marchés privés sont selon nous les plus judicieuses pour saisir les opportunités de croissance. Elles concernent les solutions fondées sur la nature et les chaînes de valeur régénératrices qui renforcent la résilience et la performance des entreprises dans un monde bouleversé par le changement climatique.

Foire aux questions

Nous sommes convaincus que la transition vers la nature en général, et l’agriculture régénératrice en particulier, soutiendront la performance économique dans un monde bouleversé par le changement climatique. Nous pensons que l’investissement systémique saura résoudre les crises connexes du changement climatique et de la perte de biodiversité. 

  • Le changement climatique a provoqué des événements météorologiques plus fréquents et plus intenses (épisodes de sécheresse, inondations, propagation de nuisibles et de maladies, feux de forêt, etc.). 
  • La perte de biodiversité a entraîné la dégradation des terres, qui ne peuvent plus résister aux événements climatiques extrêmes.
  • Les effets combinés de ces deux phénomènes se traduisent désormais par des risques financiers et des pertes économiques de grande envergure.

Nous sommes convaincus que la solution consiste à investir de façon systémique dans les entreprises qui intègrent les moteurs de valeur et les acteurs clés tout au long de la chaîne de valeur agricole.  Ces entreprises vendent des produits régénérateurs traçables, issus de réseaux d’agriculteurs de confiance, directement auprès d’acheteurs en aval recherchant des produits résilients et fiables. Plus ces entreprises sont intégrées, plus le potentiel de création de valeur à la sortie est important, car les agriculteurs comme les acheteurs sont de plus en plus nombreux à reconnaître l’importance de paysages et de chaînes d’approvisionnement capables de résister au changement climatique.

Nous pensons que l’agriculture régénératrice restaure simultanément la biodiversité et la résilience, tout en atténuant le changement climatique et en s’y adaptant. Le développement à grande échelle de l’agriculture régénératrice nécessite des investissements systémiques (un écosystème d’investissement) réunissant les principales parties prenantes du système agroalimentaire.
 

L’univers d’investissement dans l’agriculture régénératrice s’articule autour de trois grandes opportunités :

Les stratégies axées sur les terres investissent directement dans des terres agricoles, des cultures permanentes, des systèmes de pâturage ou des actifs forestiers. Les rendements proviennent généralement des revenus agricoles, de la croissance du secteur biologique et de sa résilience, ainsi que de l’appréciation des terres à long terme. Ces stratégies présentent souvent des caractéristiques de protection contre l’inflation. Les défis liés au risque de déplacement des agriculteurs et à la concentration de la propriété foncière doivent être gérés.

Les stratégies axées sur une chaîne de valeur intégrée investissent dans plusieurs étapes du système alimentaire, combinant une production régénératrice traçable issue de réseaux d’agriculteurs avec la transformation, la distribution et la vente de produits de marque. La thèse d’investissement repose sur le fait qu’une grande partie de la valeur présente dans les systèmes alimentaires est créée par l’intégration verticale de la chaîne d’approvisionnement, permettant aux investisseurs de saisir à la fois les marges de l’agriculture régénératrice et celles des segments en aval. Ainsi, les agriculteurs peuvent effectuer leur transition en proposant des contrats d’achat à long terme, en appliquant des primes aux produits régénérateurs traçables et en partageant leurs connaissances au sein des réseaux.

Les stratégies axées sur la technologie agricole et sur les entreprises qui la facilitent investissent dans les infrastructures nécessaires à l’agriculture régénératrice, notamment l’agriculture de précision, la robotique, les intrants biologiques, la génétique, les services de conseil et les plateformes de gestion agricole. Parmi les principales approches d’investissement en agriculture régénératrice, ces stratégies se caractérisent généralement par le couple risque/rendement le plus élevé.

Les rendements potentiels des investissements sont alimentés par cinq leviers :

  1. Appréciation des terres et croissance résiliente du secteur biologique
  2. Amélioration du profil économique des exploitations agricoles grâce à une moindre dépendance aux intrants et à une plus grande résilience
  3. Captation des marges en aval grâce à la transformation, la logistique, la stratégie de marque et l’accès au marché
  4. Gains obtenus grâce à la résilience et à la productivité facilitées par la technologie
  5. Revenus environnementaux tirés des paiements relatifs aux services écosystémiques, incluant les marchés du carbone, de la biodiversité et des services écosystémiques lorsque ceux-ci sont commercialement viables

A noter, et cela est important, que le potentiel de rendement augmente généralement à mesure que les investisseurs se déplacent en aval dans la chaîne de valeur. Ceci explique pourquoi de nombreux gestionnaires d’actifs s’éloignent de la simple détention de terres agricoles au profit de modèles d’opérateur intégré combinant des actifs agricoles productifs avec la transformation, l’accès au marché et les produits à valeur ajoutée qui sont traçables et dont les résultats environnementaux ont été vérifiés.

Les solutions fondées sur la nature regroupent des actions visant à protéger, restaurer ou gérer durablement les écosystèmes, tout en générant des bénéfices pour les populations et l’environnement. Parmi les exemples figurent l’agriculture régénératrice, l’agroforesterie et la restauration des écosystèmes.

Ces approches peuvent être mises en œuvre selon deux mécanismes :

  • Offsetting (compensation) : acquisition de résultats environnementaux vérifiés, tels que des réductions ou des suppressions d’émissions, générés en dehors de la chaîne de valeur de l’entreprise
  • Insetting : création de résultats environnementaux au sein même de la chaîne de valeur de l’entreprise, par exemple en soutenant l’adoption de pratiques d’agriculture régénératrice par ses fournisseurs

La distinction essentielle ne réside pas dans la nature de l’activité, mais dans l’emplacement où est généré le bénéfice environnemental. L’offsetting repose sur des résultats obtenus en dehors de la chaîne de valeur, tandis que l’insetting intègre directement les améliorations environnementales au sein de celle-ci. À ce titre, l’insetting peut renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement, accompagner la transition des producteurs et soutenir la performance économique à long terme.

Si les deux approches ont un rôle à jouer, l’insetting est souvent considéré comme plus transformateur, car il intègre l’amélioration environnementale au cœur de la chaîne de valeur, tandis que l’offsetting vise principalement à compenser des impacts générés en dehors de celle-ci.

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[1] Actions ou pratiques visant à protéger, restaurer et gérer de façon durable des écosystèmes naturels ou modifiés, profitant à la fois aux personnes et à l’environnement

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